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Danger public

D’après mon ophtalmo je suis un danger public en voiture et un danger pour moi et ma famille en privé – bref, je suis un accident en attente d’arriver. Je ne dirai pas le contraire. Depuis deux – trois ans je vois flou, très flou. Je conduis – heureusement jusque-là sans problème – en me servant de ma mémoire et en devinant plus ou moins mon environnement immédiat. C’est vrai que le nouveau sens unique de la rue St. Lambert a failli nous être fatal, à ma voiture et à moi. Quand le lendemain je provoque un magnifique feu d’artifice avec un fil électrique que je coupe en même temps que le rôti de boeuf – j’ai eu de la chance, je sais – je comprends que l’opération de la cataracte est inévitable.

Prudente, je laisse quand-même deux de mes copines me « précéder ». Elles sont ravies, « ça leur change la vie ». Moi j’ai un léger problème : l’image de l’oeil coupé à la lame de rasoir d’« Un chien Andalou » de Louis Buñuel me poursuit nuit et jour depuis que j’ai pris rendez-vous. Je passe la nuit avant l’intervention à ruminer des prétextes extravagants de dernière minute pour y échapper – j’ai énormément d’imagination à 4h du matin. Le prétexte le plus nul que je trouve est de « ré-utiliser » la mort de ma chienne Sadie – qui est pourtant partie depuis 6 ans, la chérie ! (J’évite soigneusement et depuis toujours d’inventer des calamités qui pourraient arriver pour de vrai, on ne sait jamais.) Quelques heures plus tard, revenue à la réalité, je suis sagement allongée avec ma « petite sédation intraveineuse » et c’est la sixième fois qu’on me demande mon nom et l’oeil qu’il faudra m’opérer. Et heureusement – sur une de leurs fiches c’est le mauvais qui est noté ! Après quoi je vois quelques lumières coloriés et ne sens… rien du tout. Puis c’est le chirurgien qui me dit : voilà, c’est fini, ça s’est bien passé.

Je rentre chez moi avec une coque sur l’oeil et des gouttes. Je ressens juste une petite gène, c’est tout. Le lendemain matin j’ai le droit d’enlever la coque. A 6 h pile je suis devant la glace de ma salle de bains. Et là je pousse un cri déchirant qui a dû réveiller tout l’immeuble, en découvrant en face de moi une vieille mamie toute ridée, au cou en cascade. Qui est forcément moi ! Franchement, j’ai mis un moment à le surmonter, ce choc – là. Ça fait tout de même quelques années que je vis dans l’illusion bienfaisante de ma tête floutée bien lisse. J’ai enfin compris pourquoi il y a de très très vieilles dames qui me laissent leur place dans le bus. Pour l’instant j’évite de me regarder dans une glace. Maquillage, rouge à lèvres, cheveux – je fais tout sans miroir et ne vérifie surtout pas le résultat. A part ça, l’opération est une réussite indéniable – c’est formidable de voir de nouveau les noms des rues, les fleurs sur les balcons et le petit gros d’en face en slip dans sa cuisine. Plus quelques coins poussiéreux dans ma cuisine à moi, que je croyais pourtant impeccablement propre.

Je « fais » l’autre oeil la semaine prochaine. Avec un peu de trépidation : je ne suis pas sûre que j’ai envie de prendre encore dix ans. Je me demande aussi si le « travail d’acceptation » de mon âge a finalement commencé pour de bon ? Je suis en retard, je sais. Vieillir est une aventure, les amies. Et honnêtement, ça aide d’y voir clair, au propre comme au figuré…

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